application de rencontre

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Publié le 30/01/2019

J'ai testé une application de rencontre

 

J'ai testé : une semaine sur Tinder
C'est, paraît-il, la dernière façon de se rencontrer : en quelques clics, un Smartphone géolocalise des partenaires potentiels près de chez soi, que l’on peut retrouver dans un café ou dans un lit en dix minutes chrono. Maïté, célibataire parisienne de 35 ans, a accepté de vérifier pour nous les promesses de Tinder. Juste pour voir.

« Quand Psycho m’a proposé d’aller rôder du côté de Tinder pour tester ce qui s’y passe vraiment, je n’ai pas hésité longtemps : ça faisait un moment que j’avais envie de vérifier si cette appli est aussi sulfureuse qu’on le dit. Il se murmure que ce serait la version hétéro et soft de Grindr, qui permet aux homos de tirer un coup en trois clics avec des inconnus géolocalisés dans la rue d’à côté. Les déçus de Meetic, eux, se réjouissent que là, au moins, on ne perde pas des heures à tergiverser. Les saintes-nitouches jurent leurs grands dieux que c’est vraiment trop dégueu. Et tous les autres prétendent que c’est “un truc d’ados”, ou font tellement semblant de n’en avoir jamais entendu parler qu’on finit par se dire que, si ça se trouve, c’est là qu’ils se sont rencontrés…

Moi, je n’ai honte de rien. Meetic m’a vaccinée contre la course à la rencontre. Je suis bien avec mon célibat, il ne me pèse pas – au bout de huit ans, il y a prescription ! Sauf que testeuse pour Psychologies, ça ne se refuse pas. Et si c’était le moment ? L’occasion d’une rencontre, à deux rues de chez moi ? Banco !

Dimanche, j'ai l'impression de faire mes courses

Ça commence mal. Pour s’inscrire, il faut obligatoirement donner son adresse Facebook. Tous les mecs qui cliqueront sur mon profil Tinder auront donc accès au petit bazar personnel que j’expose sur ma page. Franchement, ça ne me plaît qu’à moitié. Pas très envie que mes amis sachent que je me balade ici, et pas du tout envie que des inconnus viennent farfouiller dans ma vie avant même qu’on se soit rencontrés. Je me lance comme on saute dans l’eau froide.

Pas si froide, finalement. Quelques clics pour choisir sexe, tranche d’âge, niveau de proximité géographique, et voilà qu’apparaissent sur mon écran de téléphone des dizaines de visages. Des bonnes têtes, des bizarres, des cucul, des mecs qui montrent leurs pecs, des motos, des p’tits-chats-trop-mignons, et paf ! j’en étais sûre, un vieux copain à moi. 


 
Une photo, un nom, un âge, quelques mots, ou pas, pour se présenter ; pas de long questionnaire à remplir, pas de profil idéal à définir, le choix se fait en un coup d’oeil, plus vite que quand je passe ma commande d’épicerie en ligne. Les visages défilent et d’un doigt je clique sur “oui” ou “non” avant de glisser sur la photo suivante. Vertige de la profusion. Je ne sais pas si ça me donne envie de rire ou de partir en courant…

“Salut, sa va ?” Gabriel, 25 (ans), tatoué de la tête aux pieds et musclé comme Mr. Propre, sur qui j’ai cliqué “oui” juste pour m’amuser, vient d’engager la conversation. “Pas mal et toi ?” Pas de réponse. J’hésite à tout arrêter. Impression de me mettre sur le marché, d’y faire mes courses. Mais aussi que le choix est immense, que c’est réjouissant, tous ces hommes à deux pas de chez moi qui me cherchent peut-être. Au milieu de cette foule, il y a forcément quelques mecs canons, qui gagnent à être connus. Forcément.

Lundi, pause déjeuner : rien à l’horizon
Entre ma tartine et mon thé du matin, reprise du défilé virtuel de ces messieurs. Celui-là oui, celui-là aussi, celui-là sûrement pas. Ça amuse un moment, mais c’est quand que quelque chose se passe ? À midi, pause déjeuner, et toujours rien à l’horizon. Ça m’énerve, ça m’ennuie, ça me lasse déjà. Il va falloir que je me résigne à faire le premier pas. Un petit “like” à Baptiste, 34, qui ne répond pas. Victor, 21 (est-ce bien raisonnable ?), m’envoie un truc en langage texto genre “Slt t ou ?” qui me fout le cafard. 
Heureusement, Florent, 32, m’attrape au vol à deux pas de l’abandon. Joli sourire, bonne musculature, orthographe rassurante (je sais, c’est bête, mais j’y tiens), trois phrases sans importance mais bien tournées, pâtissier dans l’arrondissement d’à côté. Je lui propose d’aller boire un verre ce soir après le boulot. Il est partant, mais pas libre avant la semaine prochaine. “On se tient au jus ?” Je déteste cette phrase, qui sonne comme un lâche ni oui-ni non.

Mardi, pas le temps, pas envie

Bon, j’ai décidé que je n’y consacrerai jamais plus d’un quart d’heure par jour. Je clique dans la rue, au bistrot, je clique dans le bus, dans le métro, au bureau. Je clique, je clique, mais rien ne se passe. Ou plutôt, tout passe : “oui”, “non”, “oui”, “non”, et après ?

Il y a dix ans, Meetic me promettait d’élargir le champ de mes rencontres ; aujourd’hui, Tinder me propose le contraire : zoom sur les hommes de mon quartier. Mais pour quoi faire ? Et ça change quoi, finalement ? Journée chargée, pas le temps, pas envie. À eux de se lancer, on verra si je les rattrape.

Mercredi, Marko à quatre stations de métro
Yes ! Entre deux rendez-vous professionnels, calée sous un porche en attendant que la pluie s’arrête, j’entreprends Marko, 31, mignon, localisé à quatre stations de métro de chez moi. Il a l’air d’apprécier. “T’es libre demain pour un verre ?” “Carrément.” À demain, 20 heures, donc. Peut-être. Ce soir, dîner de copines. Je leur avoue que je suis en plein test. Clémence est ravie que je “sorte un peu de ma zone de confort”, et raconte que l’amie d’une amie a trouvé son homme comme ça.

Mélanie me conseille de m’éclater et de viser les petits jeunes – “Ils nous adorent” –, avant de synthétiser son expérience multisite d’un lapidaire : “Tu vas sur Tinder pour baiser, tu tombes amoureuse ; tu vas sur Meetic pour trouver l’amour, tu te retrouves dans un plan cul.” Claire soutient que tous les hommes qu’elle a rencontrés sur Tinder et avec qui elle a eu envie d’autre chose ne l’ont jamais, jamais rappelée. “C’est dégradant et fatigant. Moi je veux bien continuer les expériences, mais avec quelqu’un qui sera d’accord pour aller plus loin, et capable d’un investissement émotionnel. Tu vois ?” Je vois. Très très bien, même.

Jeudi, j’ai rendez-vous au café
Quatre jours après mon “Pas mal et toi ?”, Gabriel m’envoie un “T où ?”. Je suis dans ma salle de bains, en train de me brosser les dents. Mais tu ne le sauras pas, Gabriel : même si Tinder nous géolocalise tout près l’un de l’autre, je suis très loin de toi. Ce soir, j’ai rendez-vous dans un café avec Marko, dont j’ignore presque tout et c’est très bien. Plus on s’approche de 20 heures, plus il m’envoie des textos pour être sûr qu’on ne se ratera pas. Ça m’agace, mais restons zen.

20 h 06. Je le reconnais tout de suite, il est aussi mignon que sur la photo. Il a l’air inquiet, presque perdu, je lui souris pour le mettre à l’aise. C’est comme dans la vraie vie, parce qu’on est dans la vraie vie : on ne sait presque rien l’un de l’autre, on se croise dans un bar du quartier (grâce à Tinder, mais ça n’a déjà plus aucune importance) où les gens viennent pour se rencontrer, et on se rencontre pour voir si on se plaît. Assis devant nos bières, on bredouille un peu en discutant de tout, de rien, comme tout le monde. Et on voit qu’on se plaît.

21 h 12. “C’est ma première rencontre, tu sais ?” Je ne sais pas, mais je vois : il a l’air très anxieux tout à coup. Ouf ! quelque chose circule enfin entre nous. Je suis intriguée par ce charmant mec désemparé. Je l’aide à continuer. Il me parle de son ex, quittée il y a deux mois à peine, de son boulot qui l’ennuie, de sa vie pas très drôle ces temps-ci. Il me semble si fragile que je propose un film à la maison pour se changer les idées.

Vendredi, il a oublié ses clés chez moi
Il a accepté le film, étonné, et on est montés chez moi. On s’est retrouvés sur mon canapé. Tout s’est détendu entre nous. Il m’a prise dans ses bras, à moins que ce soit moi. C’était tendre, c’était fluide, c’était bien. Et ce matin, on était encore contents de se voir.

Chouette alors ! Il a oublié ses clés. Il repasse ce soir. Pas de Tinder aujourd’hui.

La semaine suivante, on est devenus amis sur Facebook

Il est repassé vendredi, reparti samedi, revenu dimanche. On est devenus amis sur Facebook, on s’est envoyé quelques textos. Il a disparu lundi. Je suis retournée sur Tinder mardi, presque par principe, pour ne pas commencer déjà à trop penser à lui. J’ai vu qu’il y retournait aussi. Mercredi, on a eu une “conversation” SMS. Quand il a écrit “On se tient au jus”, ça m’a rappelé quelque chose et mes signaux d’alarme se sont enclenchés.

J’ai retrouvé mes souvenirs d’avant, cette façon de s’engager un peu mais pas trop, en gardant un oeil sur les autres profils. Rien de très différent, finalement. Tinder, Meetic et tous les autres ne sont que ce qu’on choisit d’en faire : un carrefour où l’on se croise parfois, pour une heure, pour une nuit, pour un petit morceau de vie…

 

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